Le lieutenant de guerre_____ un monologue ___ PagePro

photographie © Catherine Meyer

le récit en quatre phrases ___ une loque de la rue, un SDF se présente à la porte d’un appartement ___ une femme l’écoute, lui, il raconte la vie, la mort, l’amour ___ il glisse ses mots dans l’entrebâillement pour l’empêcher de refermer ___ il se dévoile et espère qu’elle l’acceptera tel qu’il est

photographie © Catherine Meyer

distribution ___ texte et mise en scène Yves Robert ___ jeu Blaise Froidevaux ___ scénographie Nicole Grédy ___ environnement sonore Stéphane Mercier ___ costume Janick Nardin ___ dramaturgie Samuel Grilli ___ assistanat Catherine Meyer

photographie © Catherine Meyer - diaporama

date et lieu de création ___ le 7 novembre 2018 à L'Atelier Grand Cargo

Mille manières de perdre son âme
Dès l’ouverture du spectacle, le lieutenant de guerre affirme : « Il faut regarder pour voir, regarder autour de soi », mais ce postulat est incomplet. L’ouverture du regard ne peut se faire sans la multiplicité des points de vue et du changement de position - surtout du changement de position. Ce lieutenant est né dans le monde de la fortune et de la gestion. Sa guerre est quotidienne et feutrée. Elle se déroule sur les écrans des ordinateurs avec des chiffres qui s’inscrivent et s’effacent par magie.

On ne sait rien des carnages qui en résultent

Les victoires acquises garantissent un accès vers des paradis confortables et tranquilles, loin des foules, loin de la réalité quotidienne, du métro et du salaire minimum. L’ordre est immuable et la propriété se conserve entre soi. Il faudrait être fou pour renverser la table et malgré l’intuition d’un malaise, la raison du privilégié trouve des explications et se prévaut d’un droit inné et supérieur.

Dans ce monde-là, naturellement on reste maître du sommet de la tour en sachant la forteresse solide et les gardes bien armés. On reste maître de tout sauf de son inquiétude. Regarder vers le bas est un vertige, il ne faut jamais regarder vers le bas prévient la raison. Mais parfois cela s’échappe, c’est viscéral et le regard tombe et entraine avec lui le regardeur, l’oblige au changement de position - à l’humilité de l’éveil.

Alors, l'éveillé regarde autour de lui et les choses ne plus tout à fait les mêmes.
Parfois il découvre qu’il a perdu jusqu’à son humanité et se surprend à chercher les parcelles de son âme en espérant pouvoir les recoller, parfois la réalité découverte est un repoussoir et seul le retour vers les certitudes rétablit la tranquillité et le confort.

Peu importe de savoir à quel étage de la tour nous habitons, qui est au-dessus ou en dessous, seul, compte le risque de voir au-delà de l’habitude.

Il y a mille manières de perdre son âme et ce n’est pas un problème tant qu’on ne le sait pas… mais on finit toujours par le savoir.

La connaissance de cette réalité est une vrille, l’autre nom de la chute.

Yves Robert

presse

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