La mise en scène – hypothèses |
| Des plans sur la comète |
| Il est difficile de prévoir la mise en scène d’une pièce de théâtre qui n’existe pas encore. |
| L’entreprise pourrait s’apparenter à la sculpture de nuages. Une folie insouciante qui consiste à édifier à l’aide de courants d’air une forme dans le ciel, tout en sachant que ces mêmes courants d’air peuvent la défaire à tous instants. |
| Mais au-delà de cette incertitude, quelques hypothèses peuvent nourrir l’ébauche de choix clairs dans leurs directions et déterminer sans garantie de « perdurance » la mise en application de principes. |
| Le travail à la table |
| Dans l’édification de la mise en scène, je considère l’étape du travail à la table comme incontournable. |
| Cette étape est le premier acte sur lequel s’établissent les fondations. |
| Cela demande une patience propre avec la retenue du geste, la retenue de l’exposition physique vers l’autre et oblige à la modestie par l’utilisation de la simple langue. |
| Plus précisément, le travail à la table, décodage du texte jusqu’à son extrême « mâchonnement », permet d’entrer dans l’oubli de soi et d’acquérir les rythmes propres au langage, de faire émerger les premiers contours d’un personnage, parfois malgré soi. |
| L’approche du plateau ou ce que l’on laisse entrevoir aux spectateurs. |
| Le théâtre qui m’intéresse est celui où la mise en scène me laisse serein dans ma position de spectateur, me laisse en retrait des actions scéniques et me permet d’être « voyeur », libre de mes émotions et de mes analyses. |
| Le choix d’un regard posé sur le public par l’un ou l’autre des protagonistes en scène doit être un choix percutant et répondre à une nécessité impérieuse dans le propos ou dans la situation. |
| Je ne désire pas d’un public « troisième homme » sur le plateau, figurant malgré soi et privé de son libre arbitre, puisqu’embarqué dans un récit qui n’est pas le sien. Si le théâtre est un éclat de miroir, je considère que le meilleur point de vue n’est pas d’être emprisonné dans la brique de verre dans la proximité de son reflet, mais bien de rester à distance et d’embrasser l’ensemble des situations, des émotions et des discours. |
| La parole et l’action |
| La parole sans le geste se gonfle d’elle-même, trouve une importance qui lui est propre et paradoxalement perd sa force. A contrario, la banalité du geste, qui plus est si ce geste appartient au quotidien, transpose le discours, crée un contexte, diminue la prétention du verbe, vrille le sens et restitue plus de justesse – brise l’emphase. Un travail sur la recherche du geste quotidien sera mené. |
| L’oubli de l’intelligence pour atteindre la sincérité |
| Dans la recherche de l'incarnation, j’émets l’hypothèse que l’exposition de l’intelligence est ennemie du travail sur le plateau. |
| Dans la vie réelle et son quotidien, nous n’avons pas le temps de penser chaque situation – souvent nous sommes pris au dépourvu avec un ridicule indéniable. La parole s’est échappée trop vite, les mots ont fourché et notre pensée a été dépassée. Nous apparaissons médiocres et les circonvolutions que nous faisons pour échapper à cet état sont vaines. |
| Il faudra veiller à ce que les intelligences, celles des interprètes et des accompagnants, ne viennent pas nuire à l’intelligence des situations et des personnages. |
| Il s’agit de garantir à la sincérité sa part de naïveté. |